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  • Rencontres Musicales de Haute Provence
  • : La musique pour tous au Pays de Forcalquier : une équipe de musiciens internationaux, autour de la famille Queyras, depuis plus de 25 ans.

Jean-Guihen Queyras, la parole est au violoncelle

Emmanuelle GIULIANI, dans La Croix du 30 octobre

 

De Beethoven aux traditions musicales de la Méditerranée, le violoncelliste est toujours en quête d’aventures artistiques et de rencontres nouvelles


 

JGQ La Croix
/©Francois Sechet/Leemage

Le violoncelliste Jean-Guihen Queyras participera bientôt à une tournée avec l’Orchestre de Philadelphie.

 

« Je revendique le fait d’être influençable ! » Voilà une maxime qui met à mal le cliché répandu (et pas toujours infondé) selon lequel l’artiste est un être égotiste et jaloux de ses prérogatives. Le violoncelliste Jean-Guihen Queyras aime au contraire se frotter aux autres, discuter, débattre même, et voir ainsi évoluer sa conception des œuvres et de l’interprétation musicale.

« Au début, le compagnonnage avec le pianiste Sacha (Alexander)Melnikov n’a pas toujours été facile. C’est un artiste radical, qui prend tous les risques. Cela m’a incité à changer beaucoup de choses dans mon jeu », raconte-t-il à propos du double CD Beethoven, une splendeur d’équilibre et d’expression, qu’ils publient ensemble chez Harmonia Mundi.

« Sacha n’y est pas allé de main morte pour défendre ses choix ! Et, de mon côté, je ne suis pas un tiède non plus  ! Les échanges ont été vigoureux, stimulants. Ces joutes de l’esprit vont très bien avec la musique de Beethoven et ses géniales sautes d’humeur... »


GRAND RÉPERTOIRE ET ŒUVRES MOINS ACADÉMIQUES

Artiste hautement estimé de ses pairs, Jean-Guihen Queyras se sent aussi à l’aise dans le grand répertoire pour violoncelle (on lui doit, par exemple, des Suites de Bach apolliniennes) qu’enclin aux aventures moins académiques, mais tout aussi exigeantes et raffinées.

Complice de longue date des frères Chemirani, virtuoses des percussions iraniennes, et du guitariste grec Sokratis Sinopoulos, il explore en leur compagnie les musiques traditionnelles de la Méditerranée, mises en regard avec des pièces contemporaines.

« Depuis mon plus jeune âge, je suis fasciné par les percussions. Elles m’attiraient autant que le violoncelle. Et puis, enfant, j’ai vécu trois ans en Algérie : la magie des correspondances intimes entre la langue et la création sonore me touche particulièrement. »

Pour Jean-Guihen Queyras, cette rencontre en musique entre les peuples prend tout son sens dans le contexte international actuel où les conflits les plus atroces laissent douter de la capacité des hommes à s’entendre.« Sans se bercer d’illusions, les musiciens ont un rôle à tenir dans la vie sociale et citoyenne. Nous sommes confrontés aux mêmes défis que tout un chacun, avec la chance, c’est vrai, de travailler dans un univers d’art et de beauté. »


EN TOURNÉE AVEC L’ORCHESTRE DE PHILADELPHIE

Installé avec sa famille en Allemagne, l’artiste quitte souvent son pays d’adoption (il donne alors volontiers ses rendez-vous dans les gares) pour sillonner l’Europe et au-delà : il va notamment participer à une tournée avec l’Orchestre de Philadelphie sous la direction de son chef, le Québécois charismatique Yannick Nézet-Séguin. Leur route passera par le mythique Carnegie Hall de New York !

Le 23 novembre, il fera par ailleurs une halte très attendue dans le tout nouvel auditorium parisien de Radio France, lors de la Carte blanche offerte au compositeur Péter Eötvös dont il interprétera le concerto pour violoncelle.

« Une partition qui installe une relation au temps vraiment intéressante. Il le déstructure puis reprend l’élan, s’égare à nouveau... mais, finalement, pour nous ancrer de manière saisissante dans l’‘‘ici et maintenant’’ », analyse le musicien.


« SE PROTÉGER DE L’URGENCE ET DE L’IMMÉDIATETÉ »

Jean-Guihen Queyras met sa pertinence à décoder l’univers des créateurs au service des jeunes interprètes. « Il faut trouver les mots pour aider les élèves à pénétrer dans le laboratoire des compositeurs. Pourquoi Schumann a-t-il placé ici cet accord plutôt que celui-là  ? Pourquoi, soudain, cette rupture rythmique dans cette page de Brahms ? Formuler de telles questions m’aide à reconsidérer mes propres réponses... »

Pourtant, le pédagogue a décidé de s’offrir une année sabbatique :« Après treize ans d’enseignement, sans interruption, je sens le besoin de m’octroyer une pause. Ne serait-ce que pour retrouver un peu de temps pour les enfants, la lecture, le sport... ou tout bêtement pour ne rien faire ! »

Lui qui s’avoue tellement moins organisé que son grand ami le pianiste Alexandre Tharaud, reconnaît chercher désormais à « se protéger de l’urgence et de l’immédiateté ». Grisantes, certes, mais menaçantes aussi.

Son inspiration : Beethoven, compagnon d’enfance

« Un des premiers disques qui m’ont marqué concernait précisément les Sonates pour violoncelle et piano de Beethoven que nous venons d’enregistrer avec Alexandre Melnikov (1), se souvient Jean-Guihen Queyras. Je revois la pochette avec le profil de Pablo Casals fumant la pipe... Le pianiste était Rudolf Serkin... » Ces œuvres ont ensuite accompagné l’apprentissage du jeune violoncelliste  : « Je les aime toutes mais j’avoue un gros coup de cœur pour l’opus 69 en la majeur. C’est une œuvre absolument parfaite par son lyrisme émouvant et le rôle plein et entier qu’elle donne au violoncelle. » Jean-Guihen Queyras est heureux et honoré de jouer en janvier prochain dans la maison de Beethoven à Bonn,« sur le violoncelle que le compositeur avait chez lui. Il a été retrouvé en Israël et mis à disposition de la Beethoven-Haus ».

Emmanuelle GIULIANI
Par rencontresmusicales - Publié dans : Musiciens
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